Portées par les assistantes maternelles, les maisons d’assistantes maternelles (Mam) se développent rapidement en France. Pierre Moisset, sociologue de la famille et spécialiste de la petite enfance, analyse les raisons de cet engouement et les transformations du métier qu’elles impliquent.

Entretien réalisé par Chrystel Jaubert.

Cet article ouvre une série de trois volets consacrés aux maisons d’assistantes maternelles, à leurs promesses, mais aussi aux exigences concrètes du travail en Mam.

Comprendre l’essor des maisons d’assistantes maternelles

Un parcours de recherche ancré dans la petite enfance

Comment vous êtes-vous intéressé à la petite enfance ?
Un peu par hasard. Sociologue de la famille de formation, je voulais être socio-consultant. Je rédigeais des compte-rendus de groupes de travail dans le cadre des schémas de protection de l'enfance. Petit à petit, je me suis rapproché du service des crèches de la Seine-Saint-Denis. Il y a plus de 25 ans, j'ai obtenu ma première recherche sur les professionnel·les de la petite enfance. Puis, j'en ai obtenu une autre sur les parents usagers des crèches de ce département. En fait, je suis venu à la petite enfance parce que j'avais une étiquette de sociologue de la famille. Je n'avais pas fait ce choix initialement, mais cela m'a plu et je suis resté. 

14 mai 2018 : Pierre MOISSET, sociologue consultant depuis 1999, intervient auprès des acteurs publics et privés des politiques sociales et familiales.

Travailler autrement que chez soi

Vous avez beaucoup travaillé sur les Mam. Comment expliquez-vous l’engouement pour ce type d’accueil ?
C'est porté par deux courants. Tout d’abord, par cette volonté de certaines assmats de travailler en dehors de chez elles. C'est une mutation de la profession d'assistante maternelle qui s'incarne donc dans les Mam, qui s'incarne aussi dans le fait que de plus en plus d’assmats cherchent à avoir un espace dédié au sein de leur domicile quand elles accueillent les enfants. Elles tentent de distinguer l'activité d'accueil des enfants de leur vie familiale ou personnelle, soit en l'externalisant dans le cas d'une Mam, soit en spécialisant des parties de leur espace, leur maison, leur logement. Par ailleurs, autre courant favorisant leur création, les Mam plaisent aussi aux professionnelles de l'accueil des jeunes enfants. Cela permet un travail collectif sans soumission à une hiérarchie et aux impératifs de l'accueil collectif des Eaje par exemple.

Un travail collectif sans hiérarchie

Une organisation exigeante entre collègues

Est-ce qu’une Mam n’est pas trop lourde à gérer pour les assmats ?
Dans les entretiens que j'ai menés, ce n'est pas tant la question d’une gestion lourde qui est ressortie, mais d’exigence. Travailler en Mam demande vraiment d'avoir des capacités de coordination, de conversation et d'élaboration entre collègues. Car contrairement à l'accueil collectif où les relations sont en partie réglées par la hiérarchie, où le cadre institutionnel donne forme en même temps qu’il écrase un peu la parole de chacune, il n'y a pas de chef officiel en Mam. Les assmats doivent donc avancer en se coordonnant. C'est très exigeant, cela implique de savoir élaborer ensemble et de pouvoir se dire les choses. C'est en cela que je trouve que la Mam est très intéressante.

En échangeant avec des assmats exerçant en Mam, j’ai constaté qu’entre elles, elles parlaient beaucoup plus du travail avec les enfants que les professionnelles travaillant en Eaje. En accueil collectif, les questions de statut, d'ancienneté, de contractuelle versus non contractuelle, d’éducatrice de jeunes enfants versus auxiliaire de puériculture sont très présentes. En Mam, c'est à égalité, il n'y a pas de hiérarchie.

Donc, si vous devez dire quelque chose à votre collègue, vous devez le faire parce que ça ne sera pas réglé par la hiérarchie. Mais il faut arriver à l'exprimer sans quoi il peut y avoir du ressentiment ou de la discordance et ça peut déliter le collectif. C'est ce qui rend la chose très exigeante. Certaines assmats peuvent cependant avoir une énergie particulière et impulser de nouveaux projets. Pour autant, elles savent que très précisément aux yeux de leurs collègues, elles ne doivent jamais prendre une posture de chef, sinon ça tournerait mal. Donc, l’équilibre humain à trouver est assez subtil, les assmats doivent jouer sur des dynamiques entre elles sans figer les rôles.

Se regrouper, c’est se protéger.

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Dans le deuxième article de cette série, Pierre Moisset revient sur la réalité quotidienne du travail en Mam : exigences, coordination entre collègues et instabilités possibles.
Lire l’article 2 : Travailler en Mam : exigences, instabilité et pratiques professionnelles

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