Le travail en maison d’assistantes maternelles transforme profondément les pratiques professionnelles. À partir de ses recherches de terrain, le sociologue Pierre Moisset décrypte les exigences du travail collectif en Mam, ses fragilités et les ajustements qu’il impose aux assistantes maternelles.

Ce deuxième article s’inscrit dans une série de trois interviews menés par Chrystel Jaubert auprès de Pierre Moisset consacrés aux maisons d’assistantes maternelles. Après les raisons de leur essor, il explore les exigences concrètes du travail en Mam. Lire le premier article : Maisons d’assistantes maternelles : une formule d’avenir ?

Une organisation fragile et exigeante

Une instabilité encore mal documentée

Les projets de Mam ne sont pas tous couronnés de succès et on note une certaine instabilité. Qu’en pensez-vous ?

Je ne crois pas qu’on dispose de données très précises sur les fermetures de Mam entre les fermetures totales, les changements partiels d'équipe ou les changements de nom. Une Mam n’étant pas une structure juridique et n’ayant pas de numéro d'activité comme un Eaje, il est difficile d’avoir un bon état des lieux. Cela demanderait une connaissance très précise du terrain et un répertoriage des Mam. Toutefois, il semble y avoir un gros turnover dans les Mam et une certaine instabilité. Je pense qu’il faudrait quand même vérifier. Et si effectivement, elles sont instables, je pense que c’est lié au fait, encore une fois, que le travail en Mam est très exigeant. Et ce, à plusieurs titres.

Assistante maternelle désespérée allongée sur un tapis de jeu entourée de jouets, dans un espace dédié à l’accueil de jeunes enfants.

Le travail quotidien, ensemble, ne coule pas de source, la façon de faire avec les enfants non plus. La répartition des contrats avec les parents, le type de délégation, totale ou partielle, des enfants, ou la répartition des revenus sont des questions importantes et qu’il faut trancher pour éviter les problèmes entre assmats.

J'ai connu des assmats qui voulaient que chacune puisse avoir un revenu à peu près égal dans leur Mam. Des assmats travaillent ensemble en Mam, se répartissent les horaires entre elles pour obtenir des temps de travail à peu près équivalents, mais le salaire versé par les parents peut être inégal selon la taille des contrats ou les années. Elles rencontrent donc un problème. Certaines le résolvent en effectuant un transfert d'argent pour rééquilibrer les revenus à la fin de l'année, d’autres tentant de répartir les gros contrats pour qu'au fil des ans, les revenus puissent s'ajuster. Mais ça demande de la conversation, de l'ajustement. C'est assez délicat. 

La répartition des tâches

La répartition des tâches n’est pas non plus à négliger. Une Mam, c'est une maison, un lieu d’accueil. Qui gère les tâches ménagères et toute la logistique liée à l'espace d'accueil des enfants ? Qui nettoie la baignoire ou la grande table ? En Eaje, ça peut poser des problèmes, mais c'est souvent résolu par le fait qu'il y a des personnes spécialisées qui prennent en charge le lavage ou le ménage. En Mam, les assmats doivent le faire. À quel moment ? Après le temps d'accueil des enfants, une fois le contrat fini ? Là aussi, rien d’impossible, mais ça demande un ajustement et une organisation précise. 

Des pratiques professionnelles en mutation

Coordination et contradictions du cadre juridique

Assistante maternelle portant un nourrisson dans un porte-bébé, lisant un document et parlant au téléphone dans un espace de travail domestique.

Le travail en Mam induit-il des changements de pratiques professionnelles par rapport à l’accueil à domicile ?

Un gros travail sur cette question a été mené par Pascal Garnier et Catherine Bouve pour la CNAF il y a quelques années. J'ai pris partiellement connaissance de leurs observations et j'ai retenu le fait que les assmats avaient un besoin de coordination ou un besoin de changer leur façon de faire. Parce qu’en Mam, il y a une contradiction entre le cadre juridique selon lequel chaque assmat garde son contrat avec des parents en particulier et le concret du travail en commun au quotidien.

Dans les faits, elles ont souvent à gérer des enfants ensemble. Une assmat qui, juridiquement parlant, n'a rien à voir avec les enfants que sa collègue accueille va quand même interagir avec ces enfants. Et pas forcément uniquement dans les temps prévus par la délégation d'accueil. C'est ça aussi qui pose problème. Donc, s'il peut y avoir des changements de façon de travailler, il me semble qu'ils sont liés à cette nécessité de coordination. 

Se regrouper, c’est se protéger.

Adhérez à la CGT SAP

Adhérez à la CGT SAP.

Le troisième et dernier article de la série élargit la réflexion : place des Mam dans le paysage de la petite enfance, développement du privé lucratif et reconnaissance du métier d’assistante maternelle.
Lire l’article 3 : Petite enfance : Mam, privé lucratif et reconnaissance des assmats

0 0 votes
Évaluation de l'article