Inflation persistante, pouvoir d’achat en recul et négociations salariales sous tension : la question des salaires reste centrale dans les entreprises. Dans cet entretien, Thomas Vacheron, membre du bureau confédéral de la CGT en charge des salaires, analyse la situation actuelle des négociations salariales et les stratégies patronales à l’œuvre dans les entreprises.

Cet article ouvre une série en trois volets consacrée aux salaires, aux négociations collectives et aux revendications portées par la CGT pour améliorer concrètement le pouvoir d’achat des salarié·es.

Propos recueillis par Chrystel Jaubert.

Les négociations salariales dans les entreprises

Que pouvez-vous dire des NAO (Négociations Annuelles Obligatoires) ouvertes dans les entreprises ?

Tout d’abord, il faut se rappeler que le salaire mensuel de base (1ère ligne du salaire brut en haut de la fiche de paie) n'a pas retrouvé le niveau d'avant l'inflation et d'avant Covid, en 2020. Ensuite, les premiers retours des NAO depuis le début de l'année montrent qu’une proportion importante d’entreprises, près de la moitié à certains endroits, refusent toute augmentation de salaire. L’étude du Groupe Alfa sur les NAO en a compté 44% sur un premier échantillonnage. Par ailleurs, quelques miettes sont accordées sur des augmentations individuelles qui mettent les salarié·es en concurrence et octroient plus de place à l'arbitraire patronal asseyant de fait son pouvoir. Les chefs ou les directions d'entreprise décident si oui ou non, tel·le salarié·e bénéficiera d’une augmentation ou pas. La CGT est contre, mais c'est de plus en plus une réalité. S’ajoutent à cela les primes occasionnelles non cotisées alors que la CGT revendique des augmentations générales de salaire en brut. Le net améliore le quotidien, mais le brut donne des droits pour toute la vie, ce qui est extrêmement important en cas de maladie, accident, licenciement, parentalité ou retraite, justement. On peut résumer ainsi : le net, c’est pour le mois et le brut, ça donne des droits.

Les arguments patronaux face aux revendications salariales

Quels sont les arguments que développe le patronat pour refuser les augmentations ?

La problématique, c'est qu'à chaque fois le patronat s'invente des problèmes ou met en exergue tel ou tel élément qui serait un cadeau de son point de vue alors que c'est une application de ce qui aurait dû être fait précédemment. Cela participe de la propagande patronale. À propos de la transposition de la directive européenne sur la transparence salariale par exemple, le patronat s'affole alors qu’on n'a pas encore les éléments, que le calendrier va s’échelonner jusqu'à la fin de l'année et qu’il fait déjà du lobbying pour avoir le moins possible à appliquer. 

On est dans une séquence où il est extrêmement important de porter la question des salaires. C'est d'ailleurs pour ça que la CGT lance une campagne salaire jusqu'à la fin mars, avec le 8 mars en particulier sur la question de l'égalité salariale et des métiers à prédominance féminine. Il y a aussi la problématique permanente de l'inflation qui perdure, même si elle est moins forte que ce qu'elle était, avec des salarié·es qui n'arrivent pas à vivre de leur travail. C'est la question fondamentale pour la CGT, syndicat de la fiche de paye qui améliore d'abord le quotidien. C'est par ce prisme-là qu'il faut commencer les discussions avec les salarié·es, quels que soient leur statut, leur situation ou leur secteur d’activités. 


La suite de l’article ? 

La question des salaires ne se limite pas aux négociations dans les entreprises. Elle est aussi étroitement liée au rôle du SMIC et des grilles salariales dans les branches professionnelles.

Dans le deuxième volet de cet entretien, Thomas Vacheron revient sur un problème majeur : la multiplication des minima conventionnels sous le SMIC et les mécanismes qui tirent les salaires vers le bas.

À lire dans le prochain article : SMIC, minima conventionnels et exonérations de cotisations : pourquoi les salaires stagnent.

Se syndiquer, c’est agir pour de vrais salaires.

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