Salaires, métiers féminisés et pouvoir d’achat : les combats de la CGT
Après avoir analysé les négociations salariales dans les entreprises puis le rôle du SMIC et des grilles de branches, ce troisième et dernier volet de notre série élargit la réflexion. Il aborde deux questions majeures : les salaires dans les métiers féminisés et les raisons pour lesquelles, aujourd’hui, de plus en plus de salarié·es n’arrivent plus à vivre de leur travail.
Thomas Vacheron, membre du bureau confédéral de la CGT en charge des salaires, revient sur ces enjeux et sur la nécessité de reconstruire un rapport de force pour tirer l’ensemble des salaires vers le haut.
Propos recueillis par Chrystel Jaubert.
Les salaires dans les métiers féminisés
Que dire des salaires dans les métiers féminisés ?
C'est exactement la continuité de ce dit Myriam Lebkiri, secrétaire confédérale de la CGT en charge de la commission femmes-mixité, et de ce que défend la CGT. Quand on en a besoin, je pense au Covid, les infirmières, les aides à domicile et autres sont applaudies et remerciées. Dès lors que la vie reprend son cours, elles sont reléguées aux oubliettes. Est-ce qu'on avait besoin de traders pendant le Covid par exemple ? Non. En revanche, on avait besoin d'aides à domicile, d'accompagnant·es, de soignant·es, etc. Tous ces métiers essentiels sont majoritairement exercés par des femmes et sous-payés parce que ce sont des femmes. C’est toujours la même essentialisation selon laquelle il serait normal pour une femme de mieux savoir s'occuper des enfants ou des aîné·es qu'un homme. Comme si une femme savait faire ça naturellement alors que ces métiers demandent justement, et c’est ce que défend la CGT dans ces secteurs particulièrement, de la formation, des connaissances, de l'expérience, des qualifications et des salaires afférents.
On est là au cœur du sujet. Parce que ce sont des femmes, on se permet de moins les payer, il s’agirait de métiers d'appoint, donc choisis, à l'inverse de la réalité. J’ajoute que les temps partiels y sont systématiquement subis et contraints. Il faut reconnaître les connaissances et l'expérience et la meilleure reconnaissance consiste à payer correctement ces femmes. Pour ce faire, la mobilisation du 8 mars est extrêmement importante parce qu’il s’agit de gagner l'égalité. Le patronat se sert des métiers féminisés et des femmes en général pour les sous-payer et faire du dumping social qui tire tous les salaires vers le bas. Gagner l'égalité salariale, c'est la question de toutes celles qui sont mal payées et au-delà, de tout le salariat, des hommes et des femmes. Gagner l'égalité en salaire, en qualification, à travail ou valeur égal et à salaire égal, c'est tirer tous les salaires vers le haut pour gagner toutes et tous ensemble des augmentations générales de salaires.
Pourquoi le travail ne permet plus toujours de vivre
Pourquoi de plus en plus de gens n’arrivent plus à vivre de leur travail ?
Aujourd'hui en France, le salaire médian pour un temps plein, c'est 2200 euros nets. La moitié des salarié·es gagnent moins. Non seulement le SMIC est trop bas et ne permet pas de vivre décemment, mais en plus, il y a un tassement généralisé des salaires, notamment du fait des exonérations de cotisations et de la dégradation du rapport de force dans les entreprises et les services dont le patronat profite. La part de ce qui va aux propriétaires ou aux directions d'entreprise augmente au détriment des salaires. Et ce qu’essaie de défendre la CGT dans sa campagne, notamment avec des kits et des tutos pour s'organiser avec la CGT et gagner des augmentations de salaire*, c'est de remettre les choses à leur place. C’est-à-dire repartir des besoins des salarié·es qui aujourd'hui n’arrivent pas à vivre de leur travail avec le salaire qu'ils perçoivent.
À partir de ces besoins, il est nécessaire de discuter pour déployer les revendications de la CGT sur un SMIC à 2000 euros brut par mois comme sur l'échelle mobile des salaires, c'est-à-dire que quand les prix et le SMIC augmentent, tous les salaires doivent augmenter d'autant. Ensuite, il faut s'organiser syndicalement. La clé pour nous permettre d'améliorer la situation, c'est de continuer à plus et mieux organiser les salarié·es. En d’autres termes, informer sur les droits du quotidien, montrer l'utilité de la CGT et valoriser les avancées, c'est très important. Par exemple, les assistantes maternelles viennent de gagner une augmentation 15,38 % grâce à l’action de la CGT, aux négociations, aux élections, aux rapports de force qui fait qu'on négocie mieux et qu’on améliore la situation des salarié·es. Même si elle est encore insuffisante, cette augmentation est un pas en avant et ce n’est pas par bonté d’âme du patronat, mais bien parce que la CGT a travaillé d’arrache-pied, qu'il y a eu des revendications et qu’elle a fait monter la pression sur les métiers féminisés. Voilà ce qu’il faut absolument poursuivre.
*https://www.cgt.fr/tutosalaires
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