On nous parle du carburant.
Des prix qui montent, lentement ou brutalement, mais toujours dans le même sens.
On nous explique que c’est la cause, que c’est cela qui étrangle, qui fatigue, qui met à genoux.

Mais ce n’est pas tout à fait vrai.
Ce n’est même pas le cœur du problème.

Le carburant, ce n’est que l’arbre.
Celui que l’on voit, celui qui choque, celui qui fait réagir.
Derrière, il y a la forêt.
Et cette forêt, c’est celle des salaires trop bas, trop longtemps restés immobiles, pendant que la vie, elle, avançait sans attendre.

Car enfin, si chaque hausse devient insupportable, ce n’est pas seulement parce qu’elle existe.
C’est parce qu’elle s’abat sur des revenus déjà fragiles, déjà insuffisants, beaucoup trop faibles.


Il faut dire ce qu’est ce métier.
Il faut le dire simplement.

Entrer chez quelqu’un, ce n’est jamais anodin.
C’est entrer dans une intimité, dans une fragilité, parfois dans une solitude profonde.
C’est aider à se lever, à se nourrir, à tenir debout quand tout vacille.

C’est accompagner la vie là où elle devient difficile.
C’est maintenir un peu de dignité quand elle menace de s’effacer.

Ce travail-là ne fait pas de bruit.
Il ne se voit pas.
Il ne se mesure pas en chiffres spectaculaires.

Mais sans lui, tout s’effondre.

Et pourtant, il est payé comme s’il comptait peu.


Dans le privé, dans l’associatif, dans le public, les décors changent mais la réalité demeure.
Partout, les salaires frôlent le minimum, s’y accrochent parfois, sans jamais vraiment s’en éloigner.
Partout, les revalorisations arrivent tard, trop tard, et ne rattrapent jamais ce qui a été perdu.

Les années passent, et avec elles s’accumule une forme d’usure silencieuse.
Dix ans, parfois davantage.
Quinze ans pour certaines et certains.
Quinze années pendant lesquelles le pouvoir d’achat s’est lentement érodé, presque imperceptiblement, jusqu’à devenir une évidence impossible à ignorer.


Et puis il y a la route.

Elle est au cœur du métier, cette route.
Elle relie les domiciles, elle relie les vies, elle relie les besoins.

Mais aujourd’hui, elle relie aussi le travail à une forme d’absurde.
Car chaque kilomètre coûte.
Et il arrive, désormais, que travailler revienne à dépenser plus que ce que l’on gagne.

Ce n’est pas une image.
C’est une réalité.


Alors forcément, quelque chose se fissure.

Ce sont des départs, des fatigues, des renoncements.
Ce sont des plannings qui se vident, des équipes qui se fragilisent.

Et derrière, il y a celles et ceux que l’on accompagne.
Des visages, des prénoms, des histoires.

Quand le métier vacille, ce ne sont pas seulement des emplois qui disparaissent.
Ce sont des visites qui s’écourtent, des gestes qui se précipitent, des présences qui manquent.

La précarité des uns devient la fragilité des autres.


On pourrait croire qu’il suffit d’ajuster, de corriger à la marge, d’ajouter une aide, une prime, un geste ponctuel.

Mais cela ne suffit pas.

Parce que le problème n’est pas ponctuel.
Il est structurel.
Profond.
Ancien.

Il demande autre chose que des rustines.
Il exige une reconnaissance réelle, concrète, durable.


Prendre soin ne devrait jamais être invisibilisé.
Prendre soin ne devrait jamais être précaire.

Il y a, dans ce métier, une utilité sociale évidente, indiscutable.
Et pourtant, cette évidence ne se traduit pas dans les salaires, ni dans les conditions de travail, ni dans la considération accordée.

C’est cela, la forêt.


Alors oui, le carburant augmente.
Mais ce qu’il révèle, c’est tout le reste.

Il révèle ce qui, depuis trop longtemps, est accepté, toléré, oublié.
Il révèle un déséquilibre devenu insoutenable.

Et il rappelle, surtout, qu’il est temps de regarder au-delà de l’arbre.


Avec la CGT, faire entendre cette réalité, ce n’est pas exagérer.
C’est simplement refuser de taire ce qui existe déjà.

Parce que ces métiers comptent.
Parce que celles et ceux qui les exercent comptent.
Et parce que celles et ceux qui en dépendent, chaque jour, comptent aussi.

Il est temps que cela se voie.
Il est temps que cela se reconnaisse.
Il est temps que cela change.

Signez la pétition: Pétition · Hausse du carburant : nous refusons de payer pour travailler ! - France · Change.org

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