Sur France Culture, l’émission Entendez-vous l’éco ? revenait récemment sur un mouvement féministe des années 1970 : le Wages for Housework.

Leur revendication était simple, radicale, dérangeante :

→ un salaire pour le travail ménager.

À l’époque, des militantes comme Silvia Federici, Maria Rosa Dalla Costa ou Selma James affirmaient que le travail domestique n’était pas une affaire privée. C’était un travail productif. Un travail indispensable au fonctionnement de l’économie.

Cinquante ans plus tard, cette réflexion féministe éclaire aujourd’hui le travail à domicile et ses enjeux politiques.

Travail à domicile : un espace de production invisible

Les féministes du Wages for Housework ont posé une question fondamentale :
qui produit la richesse ?

Elles ont répondu :
les femmes produisent la force de travail. En cuisinant, en nettoyant, en élevant, en soignant. Sans ce travail, il n’y a pas de travailleurs disponibles pour faire tourner les entreprises. Le foyer est donc un lieu de production sociale.

Aujourd’hui, dans l’emploi à domicile, cette réalité est encore plus visible.

Les salariées du particulier employeur et des services d’aide à domicile :

  1. permettent aux personnes âgées de rester chez elles,
  2. soutiennent des familles entières,
  3. prennent en charge le soin quotidien,
  4. assurent la continuité de la vie sociale.

Elles font tenir la société.

Travail à domicile : une invisibilité organisée

Mais comme dans les années 70, ce travail reste :

  1. peu reconnu,
  2. mal payé,
  3. morcelé,
  4. considéré comme “naturel”.

On parle de vocation, de dévouement. Mais on parle rarement de droits.

Model of house and gavel.House auction real estate law concept.

Dans le secteur du domicile, cette invisibilité prend des formes très concrètes :

  1. des temps de déplacement insuffisamment payés,
  2. des coupures imposées dans la journée,
  3. du travail émotionnel jamais comptabilisé,
  4. une disponibilité permanente attendue,
  5. une charge mentale invisible.

Le travail commence avant l’heure. Il déborde après. Il s’étire entre deux interventions.
Et pourtant, seule une partie est rémunérée.

Travail à domicile : le piège du “naturel”

Ce que dénonçaient déjà les féministes des années 70, c’est la naturalisation du travail des femmes.
Quand on considère que “prendre soin”, “s’occuper”, “aider” sont des qualités naturelles, on justifie :

  1. les bas salaires,
  2. la précarité,
  3. le manque de reconnaissance.

Dans le service à la personne, cette logique est toujours à l’œuvre.

On valorise le cœur. On oublie la qualification.

On parle d’humanité. On oublie la pénibilité.

On parle d’engagement. On oublie la rémunération.

Nos luttes s’inscrivent dans cette histoire

Revendiquer aujourd’hui :

  1. la reconnaissance du temps réel de travail,
  2. le paiement intégral des déplacements,
  3. des salaires dignes,
  4. la fin du temps morcelé,
  5. de véritables droits sociaux,

Ce n’est pas réclamer un avantage, c'est poursuivre une bataille politique engagée depuis des décennies : faire reconnaître que le travail domestique et le travail du soin sont des piliers de l’économie.

Le Wages for Housework disait : rendre visible, c’est politiser.

À la CGT SAP, rendre visible le quotidien des auxiliaires de vie, des assistantes maternelles, des salariées du particulier employeur, c’est faire la même chose :

  1. sortir le travail du silence,
  2. le sortir de l’isolement,
  3. le sortir de l’invisibilité.

Le travail à domicile est au cœur du système

Si demain les salariées du domicile s’arrêtent :

  1. des parents ne peuvent plus aller travailler,
  2. des personnes âgées sont en danger,
  3. des personnes en situation de handicap perdent leur autonomie,
  4. des familles s’effondrent.

Ce travail n’est pas périphérique. Il est central. Et ce qui est central doit être reconnu comme tel.

De la pensée féministe à l’action syndicale

Relire ces théories féministes, ce n’est pas un exercice académique. C’est comprendre que nos combats s’inscrivent dans une histoire longue : celle de la reconnaissance du travail invisible.

Aujourd’hui encore, le domicile reste un angle mort du droit du travail et des politiques publiques.

Notre rôle syndical est clair :

  1. rendre visible ce travail,
  2. défendre celles et ceux qui l’exercent,
  3. exiger une reconnaissance salariale et sociale à la hauteur de son utilité.

Le travail au foyer était au cœur de la pensée féministe. Le travail à domicile est au cœur de nos luttes. Et tant qu’il restera considéré comme secondaire, nous continuerons à nous battre pour qu’il soit reconnu comme essentiel.


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