Concierges, gardiens d’immeubles : au service des autres
Le métier de concierge, gardien·ne et employé·e d’immeubles (CGEI) est créateur de lien social. Personne incontournable, connue de tous les occupant·es d’une copropriété, elle est la garante du vivre-ensemble. Toutefois, ces dernières années, la profession a subi des évolutions qui ne vont pas dans le bon sens.
Explications par Chrystel Jaubert
Leur utilité n’est plus à démontrer. Sauf qu’au lien social, au service et à la médiation que les concierges, gardien·nes et employé·es d’immeubles (CGEI) garantissent, on préfère réduire les coûts. En attestent les chiffres de la profession qui font état d’une baisse inéluctable du nombre de professionnel·les (lire encadré). Il existe plusieurs explications à cette désaffection. Tout d’abord, les copropriétés se saisissent d’un départ en retraite pour supprimer le poste du ou de la CGEI, vendre son logement de fonction et externaliser les prestations qu’il ou elle effectuait. L’objectif est clairement de réaliser des économies, une erreur majeure qui déshumanise les quartiers. C’est pourtant là la grande tendance expliquant la baisse spectaculaire du nombre de professionnel·les.
La pression accrue sur les CGEI
Il convient d’ajouter à ces premières données la pression accrue qui s’exerce sur les CGEI, notamment la multiplication des tâches mal valorisées ou carrément non valorisées (tri des poubelles, réception d’un nombre exponentiel de colis, entretien d’espaces verts très étendus, gros travaux…). Le manque de reconnaissance est criant qui participe du manque d’attractivité de ce secteur d’activité.
Complexité et dérives dans la gestion des CGEI
Et histoire de compliquer les choses encore davantage, un·e CGEI est salarié·e d’une copropriété, mais c’est le syndic qui exerce les attributs de l’employeur et l’assemblée générale, souveraine, qui prend les décisions. L’interlocuteur des CGEI reste le syndic, mais ce dernier n’est pas responsable des erreurs, des dérives ou des procédures abusives.
Deux catégories distinctes de CGEI : Catégorie A et Catégorie B
Les salariés de catégorie A
Les CGEI, ce sont deux catégories distinctes aux attributions et conditions de travail très différentes. Les salarié·es de catégorie A sont des employé·es d’immeubles qui, contractuellement, doivent effectuer un certain nombre de tâches. Ces tâches sont essentiellement du ménage et des sorties de poubelles, dans un cadre horaire défini, correspondant à la durée légale du travail, donc dans une limite de 151,67 heures par mois. Comme le dénonce Eloy Fernandez, « Pour les salarié·es de catégorie A, les copropriétés chargent la mule sur des horaires très contraints et ne leur octroient même pas de prime pour le tri sélectif ».
Les salariés de catégorie B
Les mêmes gains de productivité s’exercent aussi, mais différemment, sur les salarié·es de catégorie B qui sont payé·es à la tâche et obligatoirement logé·es. En fonction du nombre de lots de la copropriété, des tâches et du type de service qu’ils et elles doivent y effectuer selon les termes de leur contrat de travail, on obtient un nombre d’UV (unités de valeur). Ce dernier se transforme en pourcentage correspondant au taux d’emploi. Ce taux sert à calculer le salaire de base. Le salaire de référence est fixé à 10 000 UV, soit 100 %. Au-delà et dans un maximum conventionnel de 125 %, ce sont des heures supplémentaires. Le temps de travail des concierges de catégorie B est dérogatoire et leur amplitude horaire maximum est de 47h30 par semaine.
Problématiques des salariés de catégorie B
Dérives dans la définition des tâches et du temps de travail
Eloy Fernandez connaît toutes ces questions sur le bout des doigts. Il pointe des dérives dès la définition des tâches et du nombre d’UV, jusqu’au temps de travail, l’augmentation des tâches et surtout l’amplitude horaire : « C’est l’une des obsessions des organisations patronales de la branche qui veulent absolument augmenter l’amplitude horaire. Le fait que les concierges soient logé·es sur place rend déjà très difficile l’articulation entre temps de travail et vie privée. C’est aussi une source de problèmes avec certain·es occupant·es ou syndics qui considèrent qu’ils et elles seraient corvéables à merci parce que vivant sur place ».
Retrouvez le portrait d'Eloy Fernandez sur notre blog : https://sap-cgt.social/2024/10/23/eloy-fernandez-syndicaliste-a-la-cgt/
Manque de soutien des syndicats patronaux
Selon lui, le problème majeur, c’est le manque d’intérêt des principaux acteurs, syndicats patronaux et syndics de copropriété, pour le maintien des salarié·es de catégorie B dans leur poste de travail. La branche essaie de refondre la convention collective depuis cinq ans, mais pas dans le bon sens. Les négociations achoppent et la CGT y joue le garde-fou. Heureuse surprise, la CGT est rejointe depuis peu par les autres organisations syndicales qui, désormais, font bloc.

Revendications et victoires de la CGT
Revendications majeures de la CGT
Au vu des nombreux problèmes que rencontrent les CGEI, les revendications de la CGT sont plus que légitimes. Citons notamment l’exigence d’une co-responsabilité des syndics, d’un accès prioritaire au parc social en cas de rupture de contrat et d’un allongement de la durée du préavis ou encore le refus d’une amplitude horaire de plus de 13 heures par jour et sans 11 heures de repos.
Victoires obtenues par la CGT
Les batailles ne sont pas vaines. Grâce à l’action de la CGT, des améliorations sont à noter : régime de prévoyance et de santé, nouvelle classification pour faire reconnaître les qualifications telles que les aspects relationnels, l’autonomie ou la technicité, accès aux activité sociales et culturelles à des tarifs négociés. La CGT est entendue et sa voix porte au niveau de la branche professionnelle.
Appel à voter CGT aux élections TPE
Comme le rappelle Eloy, « Il faut voter CGT aux élections TPE fin novembre et faire le choix d’un syndicalisme capable de concilier la capacité de négocier la convention collective, mais aussi de répondre aux interrogations et aux problèmes du quotidien ». Et parce que les problèmes du quotidien sont nombreux dans votre branche, votre blog lance dès le mois prochain une série d’articles. Ils vous aideront pour vous y retrouver dans la jungle de vos droits, qu’il s’agisse de temps de travail, de primes, de retraite, de logement, de rupture de contrat ou autres. À suivre.
| Concierges et gardiens d’immeuble | La branche |
| 68 724 en 2017 (dont 40 128 en région parisienne) 64 500 en 2019 (dont 37 922 en région parisienne) | 59 023 ETP (équivalents temps plein) = 49 234 salarié·es en 2022 85 % exercent le métier de concierges, gardien·nes d’immeubles, dont 9 salarié·es sur 10 occupent un poste d’employé·e 39 % sont âgés de 55 ans et plus 59 % sont des femmes L’Île-de-France concentre plus de la moitié des salarié·es de la branche |