SMIC, minima conventionnels et salaires : les enjeux des négociations salariales
Dans le premier volet de cet entretien, nous avons vu comment les négociations annuelles obligatoires (NAO) se déroulent aujourd’hui dans les entreprises et pourquoi de nombreuses directions refusent toute augmentation générale des salaires. Lire l’article : https://sap-cgt.social/2026/03/18/augmentations-salariales-la-strategie-de-la-cgt-face-aux-nao/
Ce deuxième article, dans cette série en trois parties, se penche sur une autre question centrale : pourquoi les minima conventionnels peuvent-ils se retrouver sous le SMIC et quels mécanismes entretiennent les bas salaires ?
Thomas Vacheron, membre du bureau confédéral de la CGT en charge des salaires, revient ici sur les mécanismes qui maintiennent de nombreux salaires à un niveau trop bas et sur les revendications de la CGT pour y mettre fin.
Propos recueillis par Chrystel Jaubert.
Le rôle du SMIC dans la régulation des salaires
Pourquoi y a-t-il des minima conventionnels sous le SMIC dans certaines branches ?
Chaque année au 1er janvier, le SMIC est revalorisé automatiquement, ce n'est pas une augmentation, c'est une indexation du salaire minimum sur les prix. Quand les prix augmentent, le SMIC augmente d'autant. Le SMIC constitue le dernier outil de régulation que le gouvernement et le patronat veulent affaiblir alors qu'il n'est déjà pas suffisant. Depuis treize ans maintenant, il n'y a eu aucun coup de pouce, c'est-à-dire de revalorisation au-delà de l'inflation et c’est un énorme problème puisque des millions de travailleurs et surtout de travailleuses sont payé·es au SMIC.
SMIC et minima conventionnels : pourquoi les grilles salariales passent sous le SMIC
La deuxième possibilité de revaloriser le SMIC au-delà de l'inflation, c'est un coup de pouce par décret du gouvernement qu’il refuse systématiquement. Pourtant, il y a à la fois un besoin et une urgence puisque la France, deuxième économie de l'Union européenne, a seulement le sixième niveau de SMIC. Alors que notre SMIC est bas, avec la petite revalorisation liée à l'indexation du SMIC sur les prix, c'est-à-dire 1,18 % (1 823 euros bruts, 1 443 euros nets), des dizaines et des dizaines de minima de conventions collectives de branches basculent en dessous du SMIC. Avant la revalorisation, il y en avait une vingtaine et depuis, il y en a près d’une centaine, en cours de renégociation. Cela signifie que les minima de grilles sont trop bas et ne respectent pas ce que nous demandons depuis très longtemps maintenant : dès lors que le SMIC augmente, tous les minima et différents échelons de branches et de conventions collectives doivent être revalorisés à la même hauteur. Cela permettrait juste aux salarié·es de ne pas être perdant·es. Si quand le SMIC augmente de 20 euros, tous les minima et différents niveaux ou échelons augmentent de 20 euros, personne ne perd en niveau de vie puisque c'est l'équivalent de l'inflation. Dans toutes les branches où elle est présente, la CGT négocie pour rattraper le SMIC. C'est une perte de temps scandaleuse. On demande depuis des années aux gouvernements successifs de mettre en œuvre des pénalités pour forcer les entreprises dont les minima sont sous le SMIC à corriger et à se mettre toutes immédiatement au niveau du SMIC. Pendant qu'on perd notre temps à revaloriser les niveaux et les minima conventionnels en dessous du SMIC, on ne fait pas avancer d'autres revendications pour améliorer le niveau de vie, les conditions de travail ou son organisation.
Exonérations de cotisations : un système qui entretient les bas salaires
Je voudrais aussi parler des exonérations de cotisations sociales sur les plus bas salaires. La CGT a été la première organisation à pointer l’incohérence de ce système qui fabrique des trappes à bas salaires et qui constitue chaque année 80 milliards d’euros d’aide publique aux entreprises. Elles n’ont pas à payer le salaire car l'État le prend en charge à leur place. La cotisation, c'est le brut, donc c'est une partie du salaire. Le scandale national, c'est que plus les salaires sont bas et proches du SMIC, plus les exonérations de cotisations sont hautes, plus mal on paye les salarié·es, plus on a des aides publiques aux entreprises privées. C'est un système ubuesque puisque les exonérations sont au maximum au niveau du SMIC et un peu moins au-dessus. On a réussi quand même à révéler ce scandale au public, le gouvernement a corrigé à la marge tout en reconnaissant la problématique. La CGT défend la sortie des exonérations de cotisations qui affaiblissent notre protection sociale, nos droits en cas de chômage, accident, licenciement, maladie, paternité et retraite. D’autant que c'est de l'argent public sorti des caisses de l'État qui ne sert pas à ce à quoi il devrait servir, les services publics notamment, dont on a besoin pour mieux fonctionner dans notre vie au quotidien.
Suite de l'article

Au-delà du SMIC et des grilles salariales, une autre réalité structure le monde du travail : les métiers féminisés restent parmi les plus mal payés.
Dans le troisième et dernier volet de cet entretien, Thomas Vacheron analyse les inégalités salariales qui touchent ces professions et explique pourquoi de plus en plus de salarié·es n’arrivent plus à vivre de leur travail.
👉 À lire dans le prochain article : métiers féminisés, pouvoir d’achat et revendications salariales.
Syndiquez-vous

Pour des salaires dignes et une meilleure protection sociale, le rapport de force est essentiel.
👉 Rejoindre la CGT : https://www.cgt.fr/syndicalisation/syndiquez-vous