Et dans l’emploi à domicile, comment on négocie ?

Selon une enquête ViaVoice révélée par France Inter, seule une femme sur trois se sent à l’aise pour demander une augmentation, contre près d’un homme sur deux.

29 % des femmes se sentent à l’aise pour négocier leur salaire à l’embauche.

48 % des hommes.

69 % des femmes pensent que la parentalité pénalise davantage leur carrière.

Et elles sont beaucoup plus nombreuses à anticiper une retraite insuffisante. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Mais dans le secteur des salariées du particulier employeur, ils prennent une dimension encore plus forte.

Négocier… face à qui ?

Dans l’emploi classique, négocier son salaire signifie discuter avec un service RH, un manager, une direction.

Dans l’emploi à domicile, négocier signifie souvent :

  1. demander une augmentation à une personne âgée,
  2. à une famille,
  3. à un parent isolé,
  4. à un particulier avec qui on travaille depuis des années.

Le rapport est individuel. Il est affectif. Il est asymétrique. On ne négocie pas dans un bureau. On négocie dans une cuisine.

L’isolement comme frein structurel

Les salariées du particulier employeur travaillent seules.

Pas de collègues.

Pas de délégué du personnel.

Pas de salle de pause pour comparer les salaires.

Comment savoir si on est sous-payée quand on ne voit jamais les autres ?

Comment se sentir légitime à demander plus quand on a intériorisé que :

  1. le secteur est “fragile”,
  2. les employeurs “n’ont pas beaucoup de moyens”,
  3. le travail est déjà “une chance” ?

L’étude parle d’un manque d’aisance.

Dans notre secteur, c’est aussi un manque de pouvoir collectif.

Des carrières déjà contraintes

L’enquête souligne que les femmes se sentent moins à l’aise pour obtenir une promotion. Dans l’emploi du particulier employeur, la question est encore plus brutale : quelle promotion ?

Les parcours sont fragmentés. Les heures sont morcelées. Les temps partiels sont subis. La progression salariale dépend rarement d’une évolution de poste. Elle dépend d’une négociation individuelle. Et quand on cumule plusieurs employeurs, demander une augmentation signifie répéter la même demande… plusieurs fois.

Retraite : la double peine

69 % des femmes anticipent une retraite insuffisante.

Dans le secteur du domicile :

  1. carrières hachées,
  2. temps partiels imposés,
  3. interruptions liées à la parentalité,
  4. bas salaires,

tout concourt à des pensions faibles.

Ce n’est pas une question de confiance en soi. C’est une conséquence directe des inégalités structurelles.

Le vrai sujet : sortir du face-à-face individuel

Dire que “les femmes n’osent pas” est trop simple.

La vraie question est :

Pourquoi doivent-elles négocier seules ?

Dans l’emploi du particulier employeur, la relation contractuelle est individualisée à l’extrême. Et l’individualisation affaiblit.

C’est précisément pour cela que l’organisation collective est essentielle :

  1. pour connaître ses droits,
  2. pour connaître les minima conventionnels,
  3. pour ne pas être seule face à la demande,
  4. pour transformer un problème individuel en revendication collective.

Oser… ou s’organiser ?

Oui, il faut pouvoir demander une augmentation.

Mais il faut surtout des conditions qui rendent cette demande possible.

Dans un secteur féminisé, isolé, peu reconnu, la question n’est pas seulement le courage individuel. C’est le rapport de force collectif.

Tant que le travail à domicile restera considéré comme secondaire, les salariées continueront à porter seules le poids de la négociation.

Sortir de l’isolement, se regrouper, se syndiquer, c’est aussi cela, changer la donne.


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