À l’occasion de la journée de mobilisation des aides à domicile, jeudi dernier, des actions et des rassemblements se sont tenus partout en France. L’occasion, pour toutes ces « oubliées du Ségur » d’exiger la reconnaissance de leur travail et une revalorisation salariale à la mesure de leur investissement et de leur utilité sociale. Reportage à Paris, aux abords du ministère de la Santé.

Écrit par Chrystel Jaubert

Aide à domicile : un secteur hétérogène mais mobilisé

Pas de prime Ségur, pas de prime Grand âge, pas plus d’augmentation de salaire. Les aides à domicile du secteur lucratif sont à bout, comme leurs collègues des autres secteurs. Jeudi 23 septembre, à l’appel des quatre fédérations de la CGT* dont elles relèvent, les aides à domicile se sont mobilisées un peu partout en France.

À Paris, une centaine d’entre elles se sont rassemblées deux heures durant aux abords du ministère de la Santé. Elles dénonçaient ainsi leurs conditions de travail et de rémunération. Et réclamaient aussi la reconnaissance qui leur est due. Certes, réparties entre associatif, lucratif, santé et service public, les aides à domicile composent un secteur hétérogène. Mais elles partagent le constat d’une dégradation générale de leur situation. Les prises de parole et les témoignages qui vont jalonner la matinée en sont autant d’illustrations.

@Chrystel Jaubert

« Le gouvernement nous oublie alors qu’on se donne à fond »

Albertine rappelle que depuis le début de l’année 2020, elle ne s’est jamais arrêtée, même au plus fort de la pandémie : « Le gouvernement nous oublie alors qu’on se donne à fond, qu’on aime notre travail, un choix autant qu’une passion, et qu’on est tout pour les personnes isolées dont on s’occupe ». Elle réclame un « Ségur des aides à domicile » qui prenne enfin en compte leur travail, essentiel mais dévalorisé. La crise sanitaire l’a démontré de manière brutale.

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Comme le relève en effet Stéphane Fustec, de la CGT du service à la personne, les aides à domicile souffrent à la fois de la faiblesse de leur rémunération et de leurs conditions de travail. Avec trois fois plus d’accidents du travail dans le secteur que dans les autres, nul ne saurait contester ni la dégradation à l’œuvre, ni la souffrance de ces salariées.

Michelle, aide à domicile, en témoigne : « On est toujours à courir tout en s’adaptant à chaque personne et on a parfois l’impression d’être maltraitantes, car on peut pas prendre le temps nécessaire avec les gens dont on a la responsabilité. on se sent coupables de ne pas avoir ce temps du relationnel, très important notamment en milieu rural où les personnes sont isolées ». Une question de dignité - ou d’indignité - de part et d’autre.

Garantir la continuité du lien social

 

Cheriffa Guillerme et Gwenaëlle Cabaret sont salarié.e.s d’O2 au Mans et représentantes du syndicat CGT de l’entreprise. Pour ces « 24 heures sans aide à domicile », elles ont mobilisé sur les conditions de travail, les temps de trajet non pris en compte et les rémunérations. « Les intervenantes sont beaucoup sur la route. Les frais kilométriques ne sont pas forcément remboursés en totalité. Elles mangent dans leur voiture quand elles peuvent manger. Et leurs salaires sont au ras des pâquerettes. Pour nous, c’est assez explicite, ce sont des conditions de travail déplorables en 2021, proches de l’esclavage. »

Les aides à domicile manifestent
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Laetitia, aide à domicile à Perpignan, livre elle aussi un témoignage poignant. Elle parle des aides à domicile comme de « salariées de l’ombre indispensables pendant la crise sanitaire pour maintenir les personnes en perte d’autonomie chez elles et garantir la continuité du lien social », auxquelles on demande encore des sacrifices après les avoir applaudies. « Nous sommes révoltées, poursuit-elle. Nous exigeons une reconnaissance professionnelle, une revalorisation salariale, de meilleures conditions de travail et un financement pérenne de la perte d’autonomie. »

On ne tolère plus les disparités entre départements et les différences entre aides à domicile selon qu’elles soient salariées d’une association, d’un Ehpad, d’un particulier-employeur ou autre. C’est tout le sens de cette journée d’action et de solidarité lancée par quatre fédérations de la CGT.

Ana Azaria, venue soutenir les aides à domicile, oubliées du Ségur
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Ce que ne manque de relever Ana Azaria, représentante de l’organisation Femmes Égalité pour l’émancipation et le progrès social. Elle insiste sur la nécessaire union entre salariées, « malgré les pièges tendus par le gouvernement qui cherche toujours à diviser », pour obtenir une augmentation significative des rémunérations.

La marque de mépris du gouvernement

Alors que la mobilisation battait son plein, à Paris comme dans les territoires, le Premier ministre dévoilait une série d’annonces pour le secteur. Parmi celles-ci, un effort global de 240 millions d’euros en 2022 et la création d’un tarif plancher national de 22 euros par heure d’intervention. Le gouvernement tentait ainsi de reprendre la main après le fiasco de la réunion qui s’était tenue la veille au ministère de la Santé. Réunion à laquelle Brigitte Bourguignon, ministre déléguée en charge de l’autonomie, n’avait pas daigné se montrer, malgré ses engagements. Les partenaires sociaux n’ont pas apprécié ce qu’ils ont qualifié de marque de mépris.

Aide à domicile révoltée, le slogan des oubliées
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Nathalie Marchand, de l’Union syndicale CGT Commerce et services de Paris, raille d’ailleurs : « Qu’est-ce que c’est que cette politique ? Aujourd’hui, il faut répondre aux besoins des aides à domicile. Nous demandons l’ouverture de négociations ». Les partenaires sociaux n’ont pas mordu à l’hameçon lancé par Jean Castex. De toute façon, l’enveloppe annoncée n’a rien de clair. On se ne sait pas si elle comprend l’augmentation au 1er octobre des salariées du secteur associatif (avenant 43). On ne connaît pas plus ce que cela va impliquer pour les aides à domicile du secteur lucratif. Une annonce, en somme, qui ne répond ni aux attentes, ni aux enjeux.

Stéphane Fustec prend la parole pour défendre les droits des aides à domicile
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Comme le précise Stéphane Fustec, « Nous revendiquons une réforme du financement de la perte d’autonomie qui, aujourd’hui, est basé sur l’impôt. Alors que la CGT demande qu’elle soit prise en charge par une cinquième branche maladie de la Sécurité sociale sur la base de cotisations salariales, incluant l’aide à domicile. »

 

* Santé, commerce et services, organismes sociaux, services publics

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